Au fil de la pensée.

J’ai passé ma vie à vouloir changer, plus précisément à m’améliorer. Écrivant cela, il est facile de constater que je n’ai pas changé puisque je suis toujours celui qui veut changer. C’est une constante. Pourtant, même si je traîne des façons d’être dont je ne suis jamais parvenu à me débarrasser, en dépit de mes efforts (mais que je n’ai pas encore renoncé à me débarrasser), il y a eu des changements, certains voulus, d’autres subis : il n’y a pas de règle pour définir lesquels m’ont été les plus favorables.
Chaque année, il me faut me réhabituer à être seul la journée, ne parler à personne. Il me faut puiser suffisamment de confiance en moi pour me résoudre à écrire. Tout ce qui nourrit l’écriture et ne vit que par elle est retourné à l’état latent ; après un trop long silence, je ne le perçois plus qu’indistinctement et j’en viens même à douter de son existence ; je me sens vide et moi-même inexistant : ces moments ne sont pas mes meilleurs moments ! Sans doute est-ce parce qu’ils sont difficilement supportables que je me remets à écrire. L’angoisse l’emportant sur le manque de confiance.
Plus d’un mois est passé depuis ma dernière lettre…
Et plus de quatre heures sont passées depuis ce début de phrase. Ne me demandez pas pourquoi. Si je vous répondais, ce serait répondre à vingt-cinq ans d’atermoiements, de doutes.
La légèreté ne donne le frisson que parce qu’elle vainc les pesanteurs ; sans elles, aucun mérite, aucun dépassement des contraintes : le moment de grâce est dans l’oubli des contraintes surmontées, quand, en prenant appui sur elles, on s’arrache à sa condition, on s’élève hors de soi.
En toute immodestie, je ressens cela parfois lorsque j’écris, et d’autrefois même, quand je relis, plusieurs mois plus tard, des pages par moi écrites et qui me donnent l’impression de l’avoir été par un autre. Avec une petite touche d’amnésie ou un soupçon de schizophrénie, je pourrais même finir par croire que j’ai entre les mains les pages de l’écrivain que j’aurais voulu être. Sans doute le simple fait de me rappeler que ces pages sont de moi retire aussitôt cette dimension idéale à l’écrivain, lequel n’est, de la sorte, que ce qu’il est.
Chaque année, il me faut me réhabituer à être seul la journée, ne parler à personne. Il me faut puiser suffisamment de confiance en moi pour me résoudre à écrire. Tout ce qui nourrit l’écriture et ne vit que par elle est retourné à l’état latent ; après un trop long silence, je ne le perçois plus qu’indistinctement et j’en viens même à douter de son existence ; je me sens vide et moi-même inexistant : ces moments ne sont pas mes meilleurs moments ! Sans doute est-ce parce qu’ils sont difficilement supportables que je me remets à écrire. L’angoisse l’emportant sur le manque de confiance.
Plus d’un mois est passé depuis ma dernière lettre…
Et plus de quatre heures sont passées depuis ce début de phrase. Ne me demandez pas pourquoi. Si je vous répondais, ce serait répondre à vingt-cinq ans d’atermoiements, de doutes.
La légèreté ne donne le frisson que parce qu’elle vainc les pesanteurs ; sans elles, aucun mérite, aucun dépassement des contraintes : le moment de grâce est dans l’oubli des contraintes surmontées, quand, en prenant appui sur elles, on s’arrache à sa condition, on s’élève hors de soi.
En toute immodestie, je ressens cela parfois lorsque j’écris, et d’autrefois même, quand je relis, plusieurs mois plus tard, des pages par moi écrites et qui me donnent l’impression de l’avoir été par un autre. Avec une petite touche d’amnésie ou un soupçon de schizophrénie, je pourrais même finir par croire que j’ai entre les mains les pages de l’écrivain que j’aurais voulu être. Sans doute le simple fait de me rappeler que ces pages sont de moi retire aussitôt cette dimension idéale à l’écrivain, lequel n’est, de la sorte, que ce qu’il est.

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