Pélée et Thétis, la rencontre.
« La déesse Discorde ayant brouillé les Dieux
Et fait un grand procès là-haut pour une pomme… »
( La discorde », La Fontaine)
Impossible de me rappeler du nom de la déesse ! Son nom grec !
Le mot définissant l’art de la controverse dérive du nom grec de la déesse Discorde. Oui, mais le mot définissant l’art de la controverse que j’avais relié au nom de la déesse pour m’en rappeler m’échappait complètement. Où chercher ? À quel nom ? Je me suis rappelé (enfin !) que la déesse avait jeté cette pomme lors du mariage d’une néréide. Les néréides sont des déesses marines d’une grande beauté à ce qu’il paraît. Parfait ! Mais laquelle ?! Elles sont cinquante ! Le vieux Nérée ne s’est pas ennuyé avec la belle Doris, fille d’Océan. J’ai cherché à Nérée et là, j’ai retrouvé Thétis… et Pélée dont j’aurais quand même dû me souvenir.
C’est intéressant ; Thétis ne voulait pas se marier avec Pélée ; une Néréide ne se marie pas avec n’importe qui ! surtout pas avec un pauvre mortel comme Pélée. Pélée dirait que bien que mortel, il avait du sang divin, du côté de son demi-frère, Phocos dont la mère était une Néréide (encore une) Psamathée. Moi je veux bien mais la lignée ne me parait pas des plus directes. D’autant, et cela sans vouloir nuire à Pélée contre lequel je n’ai rien, il l’a un peu tué son demi-frère Phocos ce brave Pélée. Universalis précise : par mégarde. Ils faisaient gentiment de l’athlétisme avec Télamon, l’autre frère de Pélée, et là, mais il n’y a pas de témoin, après que Phocos eût mis une valise aux deux frères sur cent mètres, il aurait pris (par mégarde) un disque en pleine tempe. Ensuite, les fratricides associés cachèrent le corps dans un bois estimant que dans le stade, ça faisait désordre.
Le père de Phocos (également le père des deux garnements) l’a mal pris. Il les chassa. Pélée partit à pied à Phtie à la cour d’Actor ou d’Eurythion son fils (on n’est pas fixé) pour se purifier. Actor ou Eurythion, bon bougre, lui donna sa fille, Antigone. Pour le remercier, lors de la traditionnelle chasse au sanglier de Calydon, le décidément maladroit Pélée tue son beau-père. « Accidentellement » nous certifie Universalis que je trouve bien indulgent. Ah j’oubliais Eurythion avait quand même offert à Pélée un tiers de son royaume. Ce n’est pas grand-chose mais pour un jeune couple qui démarre… Enfin pas de polémique. Que fait ce brave Pélée ? Eh bien, il va, comme d’habitude, se purifier. Il va à Iolcos, accueillante bourgade dont j’ignore tout sinon qu’elle ne pouvait être qu’accueillante puisqu’elle accueillit un type comme Pélée dont la façon de se purifier ne m’aurait rien dit qui vaille. Là, il fait la rencontre d’Acaste, le roi d’Iolcos et surtout de sa femme, Asthidamie, (une rapide) qui lui fait des avances. Pélée, d’un tacle régulier la repousse. C’est tout à son honneur. Mais l’Asthidamie réclame un coup franc qui lui est refusé. Alors, elle va dire à Antigone, que Pélée, fraye avec la fille d’Acaste. Émotive, Antigone se pend. Pélée préfère s’en aller. Trop mauvaise atmosphère.
Il va traîner comme ça de bar en bar. Et il va avoir des mots avec des centaures féroces. Il a bien une épée magique, malheureusement Acaste lui a volé et caché sous un tas de fumier. Tsst, Tsst…
Heureusement un gentil centaure, Chiron le bien nommé (chiron signifie main en grec, prononcer Kiron, d’où chiropracteur, chiromancie…et chirurgien) met la main à la pâte ; il sauve Pélée des Centaures féroces et va le conseiller pour conquérir Thétis.
Zeus aurait bien épousé Thétis (elle aurait aimé. Un Zeus, sur le livret de famille, ç’est quand même autre chose que d’être marié avec un Pélée, ou trois tondus) seulement il y avait une prophétie qui courait comme quoi le fils de la Néréide Thétis serait plus fort que son père. « Négatif ! » aurait dit Zeus (Scholiaste de César Germanicus : Aratea 89 I.3.9). Autre version mais non certifiée : « Certes pas, s’exclama Zeus, profondément attaché à sa prééminence. » (Apollonios de Rhodes : II.4.3) Personnellement, la formule plus lapidaire du Scholiaste me semble serrée au plus près l’idiosyncrasie de Zeus.
Résultat des courses : Pélée fut désigné pour être le mari de Thétis, avec Chiron pour coach qui lui conseilla d’aller se dissimuler derrière un buisson de myrte sur le rivage d’un îlot thessalien. Cela peut paraître fantasque de prime abord, toutefois, comme Thétis venait souvent nue à cheval sur un dauphin pour goûter les plaisirs de la sieste dans une caverne que le buisson dissimulait, la manœuvre peut se comprendre. Donc arrive la Thétis en dauphin, elle le gare à l’entrée de la caverne, elle descend et à peine est-elle entrée dans la caverne que le Pélée surgit de son buisson de myrte, se jette sur elle.
Quelques précisions à propos de Thétis. Ce n’est pas la dernière des banlieusardes, prise par surprise dans le métro à trois heures du matin. Thétis est quand même une déesse ; elle n’est pas sans quelques pouvoirs ? Avec elle pas de bombe lacrymogène, de pistolet d’alarme, son truc, c’est la métamorphose. Et la métamorphose, c’est vraiment utile. Toute déesse marine qu’elle est, Thétis, comme un seul homme, va se changer successivement, affirment Ovide (Métamorphoses XI.221ss), Sophocle (Troilus cité par Scholiaste de Pindare : Néméennes III.35), Pausanias et tant d’autres que nous connaissons tous, en feu, en eau, en lion et en serpent. On a beau être averti, quelqu’un qui passe comme ça du feu à l’eau, de l’eau au lion, du lion au serpent, ça surprend et là, il faut le reconnaître Pélée a assuré (comme on disait à cette époque). Il ne s’est pas laissé démonter, malgré les brûlures, qu’il ait bu la tasse, qu’il ait été griffé, étouffé (ou piqué ? rien sur le serpent !), il s’est agrippé à sa Thétis comme un malade même lorsqu’elle s’est transformée en énorme seiche glissante et qu’elle cracha un de ces paquets d’encre qui en aurait fait réfléchir plus d’un. À force d’être de la sorte enlacée, Thétis s’est lassée, laissée faire. Elle a cessé de faire la seiche et a partagé avec Pélée des baisers humides.
Demain, je raconterai le mariage. Comme disait ma grand-mère ça vaut l’os.

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