Monday, June 25, 2007

La phrase liminaire met l’esprit en suspens, non parce qu’il faut chercher mais choisir.
J’entrevois plusieurs débuts possibles ; chacun éveille en moi des perspectives d’aventures intérieures différentes, et tous, réunis, en constante mutation (nouvelle vision, nouveau sentiment, idée fugace, oubli, souvenir…), pareils à une continuelle palpitation, me proposent, le temps d’un battement, une image suggérée, changeante, riche d’inconnus.
Des poussières volettent dans un rai de lumière à hauteur de regard. Les poussières, surtout aériennes, ont toujours exercé sur moi un attrait particulier. J’ai beau m’en défendre en les renvoyant à leur statut de détails futiles, leur insignifiance justement m’attire ; je peux lire ou écrire, une fois le stylo posé, le livre fermé, je retourne à mes poussières, à ces touches d’éphémères qui néanmoins persistent, de renaissance en renaissance.
Ainsi la buée ; la goutte qui glisse sur la vitre, ralentit, bifurque au gré des autres points d’eau plus minuscules dont elle se grossit, unique aventure. Cette même goutte sans cesse métamorphosée ressuscite en moi une collection d’instants. De la goutte d’eau présente, dernier avatar de la goutte d’eau originelle, ma première goutte d’eau oubliée du monde de l’enfance, je passe en revues les différents êtres que j’ai été. Grâce à elle, je fais un chemin d’apparences inverse pour retrouver mes métamorphoses. Littéralement voyager du regard, voyager en goutte d’eau.
Pour en revenir aux poussières, j’avoue qu’elles me portent elles aussi vers ces moments hors du temps, vers la jeannette dont se servaient les mamans du passé pour repasser ; j’aime me revoir assis dans un coin de cuisine contemplant ces particules mobiles, en équilibre, soutenues par la lumière qui rayait la pièce. La lumière venait de si haut, de si loin, en cet instant précis pour s’échouer chez nous sur une boîte de gâteaux, sur cette boîte et nulle autre, avec une vue d’un port de Bretagne s’ouvrant sur une mer bleue où voguaient chalutiers et remorqueurs, et d’une jolie Bretonne et sa coiffe bigoudène ; des particules prises dans ce faisceau, uniquement visibles en lui, hors de lui invisibles mais présentes : manière de leçon pour apprendre à voir ce qui ne se donne pas à voir.
Pinceau de poussières dans les cinémas entre projecteur et écran. Des poussières aux baisers des amoureux, dans l’ombre, leurs mains baladeuses. On en apprend, enfant, par la poussière. Sans doute, une clé du savoir. Le livre essentiel que l’on cherche à côté du livre non moins essentiel que l’on découvre sans l’avoir cherché. On apprend de proche en proche. Il n’y a pas de détail. L’intelligence est prête à se poser sur tout pour s’envoler vers tout.

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