Wednesday, July 18, 2007

De la pluie. Des larmes. De la solitude. Dimanche.

Quand éclatera le cercle de mes pas ? Le temps et l’usage que l’on en fait ne s’enfuient pas dans le même sens. C’est bon à savoir. Surtout quand on habite la banlieue. Le sourire suit la ligne du temps. Voilà un jour. Un jour de pluie. Je marche. Autant prévenir tout de suite, je ne me présenterai pas ! Je me demande si aujourd’hui est un jour de printemps ou d’automne. Le lac brasille. Brasille ! Je regarde. Dans le reflet criblé de l’eau, nulle favela. Sans « brasille », aucun dépaysement, aucun soleil lointain pour s’interposer entre les gouttes. Je regarde la pluie écrire mon poème ; ce n’est pas encore le moment des mots. La pluie commence à me courir, dans le cou. Inutile d’attendre le point final, l’embellie, un nouveau lyrisme. Autant m’en aller et voir si je n’ai pas laissé quelques phrases en instance d’être écrites au fond d’un jardin, sur un mur délabré recouvert de vigne vierge cachant les courts déserts. Je demeure dans un anneau que je parcours d’un jour à l’autre. Je vais sans peur des allitérations dans ma vie vide ; je déambule le plus souvent sans voix humaine pour apprendre. Apprendre à quel jaune peuvent tendre les forsythias ? Quel jour tombera la feuille remarquée le dimanche de la jeune fille pleurant ?
Elle pleurait tant que je n’en suis pas encore revenu. Les centaines de mouettes qui titubaient sur la glace en avaient perdu la vedette. Elle ne m’a pas vu. J’étais hors chagrin. Dans ses yeux, je n’ai été qu’une forme embuée. N’osant exister davantage, je ne lui ai pas demandé pourquoi elle pleurait. Aujourd’hui, la moindre marque d’attention paraît suspecte ; un geste à l’égard d’une jeune fille en pleurs ne peut que dissimuler… d’autres gestes. Ainsi, mon premier mouvement n’a pas vu le jour, entaché du péché avant même d’avoir été accompli.
Et elle est passée ; mon regard s’est accroché à la feuille ocre du marronnier. À chaque pas, la fille trouvait une nouvelle raison de pleurer. Je l’ai regardée traverser la route et mes rêveries, se diriger vers le bord du lac. Fallait-il qu’elle se noie pour apprendre qu’elle n’était pas seule ? Si elle s’était jetée à l’eau, elle aurait su qu’elle n’était pas seule ; pas longtemps, je nage mal.
Sur un banc, elle s’est assise, choisissant la solitude. Mais enfin, l’eau glacée !… Elle a préféré sangloter sur le banc. Je ne peux pas dire que le chagrin lui allait bien, la rendait particulièrement désirable. Si j’avais tenté de la consoler, je n’aurais pas tiré parti de sa faiblesse. À moins évidemment qu’elle me le demande. Pourquoi pas. Je vois une fille qui pleure parce que son compagnon est parti avec une autre ; elle est désemparée, dangereusement attirée par les profondeurs (je n’ai pas parlé de suicide, mais…), je m’approche et grâce à des mots qu’il est inutile de chercher puisque je ne les ai pas prononcés, j’évite l’irréparable. Est-ce ma faute si je lui plais et qu’elle s’abandonne à moi ? mettez-vous à ma place. Pourquoi, encore si fragile, la laisserais-je partir ? seule, face à un destin qui, avouons-le, n’est pas toujours rose. Nous sommes un dimanche, il n’y a rien à la télévision. Je ne pouvais décidément pas refuser son invitation. C’est vrai : « Nous serons aussi bien chez elle ». Ici il fait froid. Le temps laisse à désirer. « Alors rentrons, avant que mes larmes ne se transforment en stalactites. » Elle rit. Ça va mieux. Son humour est ce qu’il est. Une fois chez elle…
Mais rien de tout cela n’est arrivé. Je n’ai rien dit. Elle est passée.
Quand je pense que j’ai failli me noyer pour elle !

1 Comments:

Anne O'neam said...

C'est triste. Ca me fait penser à mon pays.

July 18, 2007 9:04 AM  

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