Wednesday, July 4, 2007




Je voudrais être absorbé par l’écriture, me couler dans la phrase où aucune horloge ne bat, devenir un personnage, un être oublié du temps, ou même les indices fragmentaires des décors que l’imagination recompose.
Le temps d’une phrase, le temps semble s’abolir : elle s’y inscrit pourtant.
Je voudrais être à l’abri, au chaud dans les mots, voir de l’intérieur les mésanges faire leur nid dans la boîte à lettres, les roses du jardin se mêler à la glycine, les fleurs jaunes du cytise à travers de noirs caractères.
Dans le récit suggéré par les mésanges que je m’efforce d’écrire, Pierre est devenu Adrien. Pierre est trop autobiographique pour se prêter à des fantaisies dignes de contes pour enfants : il n’est pas fait pour ce merveilleux-là. Lui, il est condamné à errer dans un jardin disparu, recréé pour lui et qui n’existe plus que par lui.
Adrien est né pour croquer le ciel, parler aux mésanges : chacun ses talents.
Je n’aurais jamais cru les mésanges si voraces. J’ai lu qu’un couple de mésanges, en une vingtaine de jours, attrapait dix mille chenilles et insectes pour leurs petits ! Soit cinq cents par jour, inégalement distribués. Sélection oblige. Les oisillons les plus forts étant les plus braillards, ceux qui ouvrent le plus grand leur bec. Ce manque de savoir-vivre leur permet de survivre. Malheur aux bien élevés, ils ne seront pas élevés du tout. Longue vie aux grandes gueules !
J’ai fait exception pour les mésanges (et les comtoises) cependant la documentation n’est pas mon fort. Glaner des informations pour faire plus vrai m’éloigne toujours du mensonge que je m’efforce d’élaborer ; elles me distraient, m’encombrent l’esprit de données dont je ne me souviendrais plus au moment opportun, par exemple lorsque je rencontrerai un horloger ornithologiste ! Les mouvements mécaniques des coucous de Forêt Noire qui chantent toutes les demies se confondront certainement avec le vol acrobatique de la mésange bleue et son chant zinzinulé.

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