Friday, July 20, 2007

Le 18 mars 2007, j’ai recopié Kirikou et la Sorcière, un album pour enfants, pour mon épouse.
Kirikou est minuscule, volontaire et vaillant. « Kirikou est petit mais il peut beaucoup »
L’album fait au moins trente pages et il lui en arrive des aventures à ce bon Kirikou, et la sorcière, très sexy au demeurant, ne manque pas d’imagination ; et que je te fais couler une pirogue folle emportant des enfants imprudents ; et que je te cours après un arbre qui s’enfuit sur la pointe des racines, emportant des enfants imprudents (les mêmes qui n’ont rien compris, comme c’est souvent le cas… dans les contes…) ; et que je te perce un monstre gluant, plein comme une outre avec un tisonnier chauffé au rouge ( il est gentil Kirikou mais son sens de l’humour a des limites) afin de récupérer l’eau de La Source Maudite et que les villageois ne soient plus assoiffés ; et que je me bats dans des galeries souterraines avec une zorille (ce qui n’est pas donné à tout le monde et révèle au passage le niveau de culture des élèves de CP formés par mon admirable épouse, car – je ne dis pas cela pour vous qui avez connaissance du monde animal – une zorille n’est pas du tout le résultat d’un croisement d’un gorille et d’une oreille, mais ce mammifère carnassier, voisin de la mouffette (mais je ne sais pas dans quelle rue) et qui doit son nom à Buffon ; de l’espagnol Zorilla diminutif de zorra : renard. Comme Zorro. Cela dit, vous faites bien de me faire remarquer, la zorille ne s’appelle zorille qu’en France. Les Néerlandais, et c’est tout à fait leur droit, l’appellent gestreepte bunzing avec deux « e » sinon cela ne veut plus rien dire ; les Japonais, je les reconnais bien là, l’appellent 馬(フランス語 (sans doute pour se singulariser) ; les Belges : zorille une fois. Si le surnom de « putois du Congo » est assez incongru (c’est le moins que l’on puisse dire) sa dénomination anglo-saxonne de « African striped weasel » (belette rayée africaine) semble plus appropriée pour la définir. Évidemment.
Il y a plusieurs zorilles, du Cap, d’Afrique, du Sahara et à nuque blanche. Mais d’où qu’elle vienne la zorille a l’ouïe fine, et elle est capable, mais gardez-le pour vous, de mettre sa queue en éventail (pourquoi se gêner) et d’émettre spontanément, me dit l’encyclopédie, une odeur nauséabonde. Ça, c’est une mauvaise habitude qu’ont les mustélidés dont j’ai parlé par ailleurs dans une nouvelle (Les Pontinaud et les Groupard ; cf œuvres complètes). J’ajouterai, pour finir, que la zorille boit modérément, ce qui est tout à son honneur.
Après son combat avec la zorille, Kirikou s’en sort grâce à des rats palmistes ; puis il a maille à partir avec un phacochère : « Kirikou n’est pas fort et pourtant il s’en sort » ; après il vole dans les plumes d’une huppe : « Kirikou n’est pas lourd mais il s’échappe toujours » ; enfin, il finit par enlever l’épine empoisonnée fichée dans le dos de Karaba la sorcière, qui à la fois lui donnait ses pouvoirs et la rendait difficile à vivre. Sans cette épine, Karaba devient aussitôt affable que n’importe quelle femme et, comme elle est sexy et que le kirikou a bon goût (« Kirikou est petit, mais il est précoce), il lui demande de l’épouser. Karaba dit que ça ne se fait pas mais lui accorde quand même un baiser. Un baiser magique, à la Karaba, qui fait du minuscule Kirikou, un magnifique athlète de plus d’un mètre quatre-vingts, sans un pouce de graisse et apte à se reproduire – j’en veux pour preuve la feuille biblique masquant pudiquement ce que Kirikou petit a exhibé durant toutes ses péripéties.
De retour au village, les villageoises (j’ai oublié de vous dire que les villageois auraient été prétendument dévorés par Karaba quand elle n’était pas de bon poil, à cause de l’épine, mais tout de même…), les villageoises donc n’en croient pas leurs yeux, elles ne reconnaissent pas le kirikou d’avant ; heureusement la mère de Kirikou reconnaît en dépit de sa nouvelle plastique son Kirikou de fils. Alors c’est la liesse, les villageoises néanmoins veulent lyncher un petit peu Karaba, qui en tant que sorcière n’a pas toujours été tendre, pesait lourdement sur la vie du village avec ses fétiches-esclaves, genre de créatures fantastiques (c’est le moins que l’on puisse faire dans ce type d’histoire), aux formes curieuses et qui, pour un oui, pour un non, éventuellement crachaient du feu sur les cases qui n’attendaient que ça pour brûler.
Les villageoises ont une dent contre Karaba qu’elles accusent d’avoir exercé les siennes sur leurs maris, leurs frères ; car, Karaba, avant d’être une femme affable, était une femme à homme dont elle ne faisait qu’une bouchée (disait la rumeur). Comme Karaba n’a plus ses pouvoirs, elle est en mauvaise posture et on s’inquiète pour elle, et Kirikou se voit déjà obligé d’aller chercher dans une agence matrimoniale une femme moins ensorcelante pour finir ses vieux jours.
Heureusement, un martèlement résonne ; interrompant les cris hystériques des villageoises qui me cassent les zorilles, les oreilles. Mais je préfère laisser la parole à notre envoyé spécial en direct de l’album :
« Porté sur un palanquin, le Sage approche,
entouré de joueurs de tam-tam. Ce sont
les hommes du village que Karaba avait
transformés en fétiches. Toute la troupe
avance en dansant et chantant :

Kirikou nous a sauvés.
Gloire à Kirikou !
Nous étions des fétiches,
Nous sommes les hommes !
Nous sommes les pères, nous sommes les fils,
Nous sommes les maris, nous sommes les maris,
Et tous nous revenons
Vers ceux que nous aimons !

Le village est désormais réuni. Mères, fils,
épouses, maris, enfants se précipitent et
s’étreignent autour du couple magnifique,
Karaba et Kirikou, et c’est la paix… »


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