Friday, July 27, 2007

Pas plus tard qu’hier j’ai lu. J' ai lu aussi aujourd’hui. J’ai été extrêmement marqué par ce que j’ai lu. Hier comme aujourd’hui, l’impression qu’a exercée sur moi cette lecture a été telle que jamais plus je ne serai le même. Comment après une pareille expérience douter de l’influence définitive qui inévitablement va s’ensuivre ? Il est rare qu’une lecture agisse avec tant de force, soit à ce point décisive. Et pourtant, je dois l’avouer, j’ai passé ma vie à lire. D’aucuns me l’ont reproché, mais jamais je n’ai su faire autre chose. Plus d’une fois, j’ai essayé de me libérer de l’emprise que me faisait subir la lecture, mais malgré les sincères efforts que je déployais, le pouvoir tentateur des livres finissait par avoir raison de mes résolutions les plus fermes et me faire succomber ; jusqu’à ce que je renonce à lutter, que j’accepte un joug dont il m’était impossible de me défaire.
Cette décision prise, il ne me resta plus qu’à attendre de mon unique activité, cette course sans fin de livre en livre, un évènement pour en rompre le cours. Plus je voulais sortir des livres, plus je devais m’y absorber. Plus je cherchais à m’échapper du fil ininterrompu des phrases, plus il me fallait demeurer en équilibre sur ce fil ; le moindre moment d’inattention pouvant être fatal, et me faire perdre à tout jamais la clef secrète de mes lectures, la raison pour laquelle ma vie se résumait en une succession de mots lus de jour en jour.
Et hier, et aujourd’hui enfin, après tant d’années d’un destin linéaire, j’ai lu la phrase que j’attendais depuis toujours, celle pour laquelle j’ai toujours lue, et après laquelle jamais plus je ne lirai.

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