Pierre.

Un matin, le soleil tamisé par le cerisier en fleurs finit en éclats sur les tuiles brunes de la remise. Les langues mauves du tulipier frémissent au moindre vent ; pareilles aux perroquets que cultivait mon grand-père, transformant le massif en un îlot rouge et jaune flammé.
Pour la première fois j’ai songé à Pierre. Tout au moins à ce prénom. Je me suis vu jouer sur les marches du perron, avec deux petits-gris qui avaient passé la nuit au frais et d’attaque pour se jeter avec fougue sur un morceau de laitue en haut de la rampe : la laitue cela se mérite ! Je suis resté une heure à me regarder jouer. Puis, j’ai écrit «Petits-gris».
Se cacher derrière un prénom ! Comme si la mort de ceux que l’on a aimés et que l’on aime encore pouvait être distraite par un changement de prénom et perdre de son pouvoir de faire mal à travers les années. Comme s’il suffisait de changer d’identité pour qu’un jardin se transforme en un autre et que quelqu’un meurt qui n’a jamais existé.
Il suffit que je me relise pour aussitôt me retrouver courant dans ce jardin et y retrouver celui qui n’est plus.
Pour la première fois j’ai songé à Pierre. Tout au moins à ce prénom. Je me suis vu jouer sur les marches du perron, avec deux petits-gris qui avaient passé la nuit au frais et d’attaque pour se jeter avec fougue sur un morceau de laitue en haut de la rampe : la laitue cela se mérite ! Je suis resté une heure à me regarder jouer. Puis, j’ai écrit «Petits-gris».
Se cacher derrière un prénom ! Comme si la mort de ceux que l’on a aimés et que l’on aime encore pouvait être distraite par un changement de prénom et perdre de son pouvoir de faire mal à travers les années. Comme s’il suffisait de changer d’identité pour qu’un jardin se transforme en un autre et que quelqu’un meurt qui n’a jamais existé.
Il suffit que je me relise pour aussitôt me retrouver courant dans ce jardin et y retrouver celui qui n’est plus.

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