Sunday, July 8, 2007

Temps caché.


Que de temps caché entre les phrases. Temps qui n’est pas dévolu à un lent travail du style, mais consacré, le plus souvent, à une sorte de rumination dont le rendu serait particulièrement flagrant pour qui surprendrait mon regard dans ces moments-là.
Il n’empêche que dans cette infime espace, entre point et majuscule, invisible, une myriade d’évènements gravite. Durant ce temps précis entre deux signes, a eu lieu le laps de vie de tout être vivant.
Entre le dernier point et le « e » de « entre », il s’est passé tant de choses, un moment d’univers se glisse entre chaque mot. Il faudrait l’éternité pour lire tout ce que renferme un livre. Comme tout est parfait aujourd’hui ! Nous avons juste le savoir qu’il faut, parfaitement adapté à notre durée de vie pour que nous puissions comprendre un livre.
Entre autres évènements incroyables, a voleté à la fenêtre, entre le point d’exclamation et le « n » de « nous », un papillon. De la myriade d’évènements qui a eu lieu dans cet « espace d’instant », je n’ai retenu que le papillon. Un papillon de jour classique avec les yeux composés et les fines antennes, terminées en massue qui diffèrent de celles, plumeuses, du papillon de nuit au corps plus trapu, plus velu avec le port des ailes au repos repliées vers l’arrière quand mon papillon les avait jointes verticalement sur le dos. J’ajouterai avec l’encyclopédie que ses couleurs étaient plus chatoyantes.
Le papillon, les perroquets. Les perroquets, le papillon … Perdu au milieu des tulipes, je le perdais des yeux, pour le retrouver fleur parmi les fleurs, se rappelant qu’il était papillon. Quel a été mon premier papillon ? Il continue sans doute, léger à voltiger dans les tréfonds de ma mémoire, à la lumière d’un jour que je ne perçois plus, autour d’une première fleur dont j’ai perdu le nom.

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