Quelques mots épinglés.
À l’aurore, solitaire, un ruban fauve autour du cou, un grand nègre Bernois à lunettes d’écaille rose laisse derrière lui flotter un parfum de tabac d’Espagne. Délaissant dans son demi-deuil, la veuve illégitime et sa servante soumise, il va rejoindre sa fiancée qui s’adonne au crochet, et coud au point de Hongrie, un L blanc entrelacé d’un C noir ; coquette devant son miroir où se reflète un petit collier argenté sur une robe échancrée, elle s’abandonne aux mains de sa suivante qui, d’ordinaire timide est pour l’heure rieuse, (sans être impolie ; elle connaît son orgueilleuse maîtresse, vite ombrageuse) et coiffe la chevelure dorée. Brusquement, la Bien-aimée, soucieuse à la vue d’une goutte de sang qui perle à son doigt, pâlit ; la suivante, redevenue sérieuse lui tend un mouchoir brodé du même chiffre qu’elle tire de sa manche à doublure jaune.
Sous son ample manteau pâle, l’infidèle, dans les rues incertaines, aux pensées ambiguës, marche vers sa candide promise, délicate porcelaine, qu’une infime piqûre blesse et qui lui laissera une imperceptible cicatrice.
Sous son ample manteau pâle, l’infidèle, dans les rues incertaines, aux pensées ambiguës, marche vers sa candide promise, délicate porcelaine, qu’une infime piqûre blesse et qui lui laissera une imperceptible cicatrice.


1 Comments:
Je savais que la poésie aimait les papillons. Je croyais que c'était leur vol improbable et chaotique qui inspirait le poète, trop effrayé de les voir d'un instant à l'autre s'écraser au sol, foudroyés par la loi de Newton qui interdit aux êtres malhabiles de prétendre à une quelconque élévation. Le corps crucifié d'un papillon froidement étiqueté sur une feuille de canson bistre m'inspire depuis l'enfance un mélange d'émerveillement et d'horreur. Grâce au poète, on se demande qui, du papillon ou de l'entomologiste, épingle l'autre. Abîme délicieux et tragique.
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