Le
mariage de Thétis et de Pélée fut célébré sur le Mont Pélion mais hors de la caverne de Chiron. Pourquoi ? Ah ça ?... Peut-être un peu juste la caverne. Il y avait du monde. Alors plutôt que de se tasser, mieux valait profiter du beau temps, car je suppose qu’il faisait beau.
Effectivement, il faisait beau sur le mont Pélion, en ce jour de « la pleine lune suivante ». Pour ce qui est de la chronologie, aucun indice supplémentaire. Héra avait dit : « J’invite tous les Dieux de l’Olympe au mariage à la pleine lune suivante ! Réglez vos montres. »
Peut-être faisait-il beau ailleurs que sur le mont Pélion ?
Comme en avait décidé Héra, tous les Dieux de l’Olympe, sur leur trente-et-un, assistaient à la cérémonie. Héra portait la torche nuptiale. Zeus, en buvant nectar sur nectar, regardait d’un oeil résigné Thétis plus en beauté que jamais. Les Parques qui président à notre destin étaient là :
Clotho, Lachésis et Athropos qui avaient des prénoms à la mode de cette époque ; des filles sérieuses : la première file nos jours et les évènements de notre vie, la seconde enroule le fil de notre destin, tire les sorts qui donnent un peu de piquant à la monotonie de l’existence, la troisième, la plus gracieuse, coupe le fil.
Les neuf muses, filles de Zeus et de
Mnémosyne (la mémoire) étaient là aussi. Les Parques, d’attractions, étaient avides : elles chantèrent avec les muses tandis que les Néréides dansaient. Une danse en spirale sur le sable blanc. Rien à redire.
Ganymède servait le nectar. Jusque-là rien que de très banal. Seulement Ganymède fils du roi Tros était trop ! il était le plus bel éphèbe qui vivait sur terre : ça aide. Alors Zeus dont on connaît l’éclectisme voulut, prétendit-il, en faire son échanson. Échanson ! on connaît la musique. Bref, Zeus mit le paquet. Il se déguisa en aigle, s’envola avec Ganymède dans les serres vers les plaines de la Troade, un coin tranquille.
Pour dédommager Tros, Zeus lui fit don d’un cep de vigne. L’autre fit la moue. Il en avait déjà, il était roi. Puis, en regardant bien, il s’aperçut que le cèpe était en or, signé
Héphaïstos, un gage de qualité. Sur sa lancée, Zeus, pas chien, très satisfait du petit Ganymède qui servait le nectar comme pas deux, offrit, tenez-vous bien, deux belles juments immortelles. Un beau cadeau. Ah Zeus, il est ce qu’il est (enfin pas toujours avec sa manie de se métamorphoser) mais quand il veut séduire des éphèbes ou des vierges, il est, personne ne me dira le contraire, munificent.
Ganymède, lui, fut à l’abri des infirmités et de la vieillesse, il devint par la volonté de Zeus, immortel. Quand on a le pouvoir ! Générosité équivoque. Mettons-nous à la place de Zeus. Immortel lui-même, il n’avait sûrement pas envie de se faire servir par un vieux flageolant qui lui aurait renversé le nectar sur la
chlamyde.
Après la danse en spirale sur le sable blanc, il y eut une foule de centaures fashion portant des colliers d’herbes ; ils brandirent des branches de sapin. La fête était à son comble. Je ne suis pas très mariage mais si c’est pour brandir des branches de sapin, là je dis présent !
Chiron offrit une lance pour Persée (jeu de mots ?). Un cadeau utile. Mais de qualité ! Le fer venait de chez Héphaïstos ! Autant dire le must. La hampe était taillée dans le frêne, mais pas n’importe quel frêne, du frêne du mont Pélion ! Et la cerise sur le gâteau : Athéna en avait poli le manche ! Et quand Athéna vous polit le manche, elle ne le fait pas à moitié ! Plus besoin de viser, la lance part toute seule.
Les Dieux de leur côté s’étaient cotisés, avaient fait un cadeau collectif : une armure en or nickel chrome ! (C’était ça ou le Porsche Cayenne !)
Poséidon, en plus ajouta deux chevaux avec des noms stupides, Balios et Xanthos mais immortels. Le cheval immortel, c’était très tendance. Deux chevaux nés du vent d’Ouest et de
Podargé la harpye, en toute simplicité.
Enfin tout le monde y allait de sa chanson ou de sa blague de circonstance quand arriva une déesse qui n’était pas invitée. Pourquoi, puisque Héra avait invité tous les Dieux de l’Olympe ? Quoi qu’il en soit Eris arriva. Eris !! voilà le nom que je cherchais.
Eris !! La Discorde. Qui a donné éristique : l’art de la controverse.
Bref, pour finir, elle arrive, balance une pomme au pied de Pélée. Amorti. Contrôle. Une pomme en or ! immangeable ! Sur la pomme était écrit : « A la plus belle ». Pélée fronça le sourcil, signe d’intense réflexion qui chez lui n’annonce rien de bon.
Héra, Athéna, Aphrodite qui discutaient jusque-là gentiment se regardèrent en chiennes de faïence, chacune estimant que la pomme lui revenait.
Comme le mariage allait mal tourner, on s’en remit au jugement de
Pâris qui s’ennuyait à garder son troupeau sur le Mont Ida. Au beau berger devenu arbitre, les trois déesses firent des propositions. Héra, en toute simplicité proposa l’Asie et l’Europe. Athéna promit qu’elle ferait de lui un guerrier victorieux. Offre intéressante quand on connaît la qualité des soins de l’époque. Et Aphrodite, elle, lui promit l’amour de la plus belle femme du monde ; Hélène ! de Troie ! L’Asie,
Pâris n’en avait cure. Être invincible, c’était tentant, mais
Pâris n’était pas bagarreur. Il choisit donc Hélène qui lui semblait à court terme la meilleure affaire. L’ennui c’est qu’elle était mariée à un homme possessif qui prit mal la chose quand Pâris enleva Hélène. Le premier pas vers la guerre de Troie venait d’être fait. Puis la fête reprit son cours.
Après, Pélée récupéra la dot (de nombreux troupeaux), eut des démêlés avec les Phtiens qui refusèrent de payer je ne sais quoi. « Très bien, dit Pélée, soupe au lait, alors moi, je laisse les bêtes errer ! »
Bonne initiative. Psamathé (Psamathé ! la mère de Phocos, le discobole malheureux) voulant venger son fils envoya un loup féroce. Le loup se rassasia des bêtes errantes. Tant et si bien que, lorsqu’il se trouva face à Pélée, il n’y croyait plus. En plus, décidément ce n’était pas le jour du loup féroce, Pélée n’était pas seul ; la Thétis était de passage (pour la garde alternée d’
Achille ?). Thétis, profession déesse ne l’oublions pas : elle a regardé le loup qui faisait semblant de ne pas la voir et, tout naturellement, elle a sorti sa langue et le loup s’est changé en pierre, aussi vrai que je vous vois. La preuve, la pierre existe encore ; elle est dressée sur la route. Si ! Entre Locris et Phocis. Vous n’avez qu’à y aller. Vous verrez si je mens.
« Après cela, Pélée revint à Iolcos où Zeus lui donna une armée de fourmis ».
Comme Tros, Pélée tout d’abord est resté expectatif, se demandant si c’était du lard ou du cochon, ces fourmis. Après quand il a vu les fourmis se changer en guerriers, il s’est dit : « J’aime mieux ça ! ».
Avec ses
Myrmidons, du nom des guerriers, (on retrouve chez la fourmi rouge – vol nuptial entre juillet et octobre – myrmica laevinodis, un petit air de famille.) Pélée tua Acaste à cause de l’épée sous le tas de fumier ! (Tsst, tsst.) Puis il tua Asthidamie qui avait été trop loin. Ensuite, comme si de rien n’était, « il fit pénétrer ses Myrmidons dans la cité à travers les morceaux de son corps démembré » ( !??) Bien joué quand même.
Pendant ce temps là, inquiète comme toutes les mères, pour savoir si ses fils étaient immortels, Thétis les jetait dans le feu : c’était pour leur bien. De toute évidence, les six premiers n’étaient pas immortels. « Ils tiennent bien de leur père » ronchonnait Thétis.
Un jour, sur les coups de huit heures, huit heures quatre, Pélée sentit une odeur de grillé, il crut que c’était les toasts que préparait Thétis pour le petit déjeuner, mais pris d’une soudaine appréhension, il sauta du lit et surgit dans la cuisine. Il vit Thétis tenant son dernier fils par un pied au-dessus des braises. « Bah quoi ? » dit Thétis. Mais Pélée n’avait pas envie de discuter, de se lancer dans l’éristique. Il arracha le petit dernier des mains de cette mère possessive. « Très bien, dit-elle, et elle quitta Pélée et appela son fils Achille, c’est dire qu’elle n’était pas contente. Elle a appelé son fils Achille parce qu’il n’avait pas encore posé ses lèvres sur sa poitrine. Tout s’éclaire ! Enfin, elle eut le temps de plonger Achille dans le
Styx, un petit fleuve paisible des Enfers, réputé pour rendre invulnérables, ce qui est bien pratique, ceux qui y plongeaient… et en revenaient.
Trop âgé pour se battre à Troie (même tout seul !) Pélée donna à Achille son armure d’or, ses deux chevaux avec leur nom stupide… et sa lance de chez Héphaïstos avec le manche poli par Athéna ! Tant qu’Achille fut vivant, personne, je dis bien personne, ne chercha noise à Pélée.
Achille, c’était un tendu ! Il jouait brutal. Chahuter avec lui, ça finissait toujours mal. Mais quand la flèche fatale décochée par Pâris l’atteint au talon et mit fin à ses jours, les fils d’Acaste lâchèrent les Phtiens (hum) et Pélée mit les bouts. Thétis, bonne fille, lui dit d’aller l’attendre à la caverne, près du buisson de myrte. Encore..! Pélée se rendit néanmoins à la caverne. « Tout en scrutant passionnément les navires ».
Mais la caverne, ça va cinq minutes. Quand Pélée commença à en avoir plein de dos de regarder passionnément les navires, il fit ce que tout le monde aurait fait à sa place : il partit au pays des Molosses. Et là, vous savez ce que c’est, le mauvais temps, l’Île d’Icos, près d’Eubée… Pélée mourut.
Eh oui, on est peu de chose.
Ça m’en a fichu un coup. Ce n’est pas que je le connaissais depuis longtemps mais ce n’était pas le mauvais bougre, un peu maladroit peut-être ?
« Eris » comment ai-je fait pour ne pas m’en rappeler ?