
L’abdomen des insectes adultes a beau avoir onze segments, aussi curieux que cela paraisse, aucun vrai membre ne s’y attache. Les pattes et les ailes ayant préféré s’insérer sur le thorax, ce qui est leur droit le plus strict.
Il n’empêche que l’abdomen, lui, a des cerques et ni la tête, ni le thorax ne peuvent en dire autant. Eh oui, en toute modestie l’abdomen des insectes a des cerques ; il ne le crie pas sur les toits, mais il en a ! De surcroît très visibles chez l’Ephémère, longs et filiformes ! Qui, de nos jours peut se targuer d’en posséder de pareils ? D’aucuns objecteront que le vol des éphémères est médiocre, que les adultes ne se nourrissent pas, que leur durée de vie imaginale n’a qu’un seul but : se reproduire. À cela je rétorquerai par le dernier vers de la troisième églogue de Virgile : « Claudite jam rivos, pueri, sat prata biberunt ». Je sais que je vais loin, mais comment laisser passer cela. Pourquoi, pendant qu’on y est, ne pas reprocher aux femelles, leur paire de forceps ?! Pourquoi pas puisqu’on en est là ! Voilà pourquoi je dis, pour les non-latinistes : « Fermez les ruisseaux, esclaves, les prés ont assez bu ! ». En un mot : « Assez ! ».
En plus, le perce-oreille a des cerques aussi, alors.
Que les mâles des libellules et des sauterelles s’en servent pour étreindre vigoureusement leur femelle, moi, cela ne me choque pas outre mesure. À ceux que cela offusque, et, comme Cicéron s’exclament : « O tempora ! O mores ! », je répondrai comme Juvénal.
Tout simplement.
Quant aux genitalia, ils sont portés par les huitième et neuvième segments. Ils sont remarquablement discrets, cachés sauf quand ils sont apparents. Tout le monde a en tête l’ovipositeur des sauterelles. Oui ? Et bien, inutile d’en dire davantage.
Un mot sur les ailes.
Nombre d’insectes en ont, excepté ceux qui en sont dépourvus et qui ne m’inspirent que mépris. En général, avec leurs ailes les insectes volent, voient du pays. Il peut y avoir deux paires d’ailes membraneuses ou pas. Parfois la paire antérieure est coriace, mais c’est pratique. Bah oui, comme ça elles protègent la paire postérieure, diaphane, arachnéenne. Je parie que vous croyez que ces ailes coriaces s’appellent élytres. Pas du tout ! Un homme les a appelées tegmens . Je ne pense pas que ce soit le même homme qui a nommé la partie ventrale de l’abdomen sternite et la dorsale, tergite ; quoi qu’il en soit, il a du procéder avec la même rigueur scientifique : « Comment s’appellent-ailes ? » Pas de réponse. Tegmens ! un nom qui leur va comme un gant.
Non, les élytres sont plus coriaces encore que les tegmens. Dures comme de la corne : impressionnant. C’est drôle on dirait que les insectes qui en sont pourvus sont des aptères, mais non. En revanche l’anagramme d’aptère donne patère et arpète, épater sans que l’on puisse en conclure grand-chose : les points communs entre l’insecte dépourvu d’ailes, le portemanteau et l’apprenti n’étant pas des plus flagrants et je n’ai pas envie de me lancer dans les temples aptères et les patères antiques. Je sais qu’aptère donne aussi retapé, pétera, répéta… mais en l'occurrence, j’ai horreur des formes conjuguées.
Fin des ailes demain et deux mots sur les pattes.
Fervet opus. (Le travail marche activement) : Virgile, à propos des abeilles.