Tuesday, September 18, 2007

En un mot...

Imaginons sans difficulté, alpin, un piton rocheux où survolent des mange-mil à lunettes, (c’est dans les fromagers que d’autres font leur nid), ou, c’est fâcheux, une paille dans la pierre, pire, une loupe dans un diamant ou encore un verdelet nageant, frétillant au fond d’une eau courante, un vif quoi, avec parfois une fin au bout du fil, sur une monture de mort manié ; ou à moustache, un dragon, ombrageux, chevalin comme toute virago ; un hareng saur, proxénète bouffi ; ou rectangulaire, une saucisse brune et rousse, ou, rouge et noir, sous le soleil exactement, un Suisse suçant avec délectation les viscères d’insectes morts au sang incolore éclaboussé de flammèches crépitantes qui étincellent, nocturnes, deux hirondelles en vélo.

Quelques mots épinglés.

À l’aurore, solitaire, un ruban fauve autour du cou, un grand nègre Bernois à lunettes d’écaille rose laisse derrière lui flotter un parfum de tabac d’Espagne. Délaissant dans son demi-deuil, la veuve illégitime et sa servante soumise, il va rejoindre sa fiancée qui s’adonne au crochet, et coud au point de Hongrie, un L blanc entrelacé d’un C noir ; coquette devant son miroir où se reflète un petit collier argenté sur une robe échancrée, elle s’abandonne aux mains de sa suivante qui, d’ordinaire timide est pour l’heure rieuse, (sans être impolie ; elle connaît son orgueilleuse maîtresse, vite ombrageuse) et coiffe la chevelure dorée. Brusquement, la Bien-aimée, soucieuse à la vue d’une goutte de sang qui perle à son doigt, pâlit ; la suivante, redevenue sérieuse lui tend un mouchoir brodé du même chiffre qu’elle tire de sa manche à doublure jaune.
Sous son ample manteau pâle, l’infidèle, dans les rues incertaines, aux pensées ambiguës, marche vers sa candide promise, délicate porcelaine, qu’une infime piqûre blesse et qui lui laissera une imperceptible cicatrice.

Monday, September 3, 2007

Génération spontanée.


Il y eut un temps, où paraît-il, les juments étaient fécondées par le vent, les chattes, par le seul frôlement d’une herbe, engrossées, des nonnettes de noir et de blanc vêtues, la coiffe comme un camail entourant leur visage candide naissaient de conques marines ; enfantées dans des coquilles pour certains ou poussant, pour d’autres sur des saules sous la forme de boules gonflées et pendant par le bec sur la branche, elles tombaient à l’eau une fois mûres pour s’envoler en jappant telles de jeunes chiens, ou pouvaient tout aussi bien apparaître sous forme de vers ou de champignons dans les vieux mats des navires dérivant et se métamorphoser en oiseaux, éclore des bois flottants en putréfaction.
Et cela, sans sujets mâles.
En d’autres temps encore, ou parfois les mêmes, sous le seul regard de femmes réglées les abeilles mourraient par essaim, pourrissait la viande de porc à leur approche, le sucre pareil au sang, par leurs simple présence noircissait, et, à leur passage, traversant les champs, périssaient en Anjou les chenilles, les sauterelles du Morvan.
C’était les temps où survenait en Laponie, la puberté avec dix ans de retard, où l’enfant roux conçu durant les menstrues était sujet de honte, montré du doigt, ce même doigt que l’épouse se coupait à la mort de son mari.
En ces temps-là, il suffisait d’une chemise imprégnée de sueur, et de quelques grains de blé pour que naissent les souris. De la sueur toujours, génératrice de mouches. Et du limon du Nil, on voyait sourdre grenouilles et crapauds sans parents et même des crocodiles.
Heureux temps des homoncules aux prières inutiles, fruits de la pierre philosophale, du sang et des organes d’un humain sacrifié ; petits êtres transmués dépourvus d’âme, hantés par les souvenirs de leur existence passée, et néanmoins assoiffés de vie.