Wednesday, October 17, 2007

Suite et fin.


Suite et fin.

Parmi les croyances transmises par les anciens de la région de Mathony, proche des Monts Panothos, celle d’une bête qui tiendrait de l’ours, pour son goût du miel, et de l’autruche pour sa vitesse, du renard dont il a la ruse et l’habilité à dérober les poules et de l’hippopotame pour son aisance à se mouvoir dans l’eau et la faculté de se soigner par la saignée quand il a trop mangé ne laisse pas d’interroger tout observateur sérieux de la Nature. Sa chair serait délicieuse pour qui sait le capturer.
De même, l’affirmation comme quoi les vautours lorsqu’ils se sentent menacés deviennent transparents, ne laissant apparaître que les morceaux de cadavres qu’ils viennent d’avaler emplissant ainsi de dégoût celui qui les approche n’est pas accrédité par Reduvius Personatus, lequel reconnaît pourtant que les vautours qu’on interrompt dans leur macabre festin se vengent en laissant tomber leurs déjections sur la tête des passants, ou en pondant des œufs d’où surgissent des vipères.
Parlons du Corinoar que les Phrygiens nomment ternocan ; son étrangeté n’a d’égale que les preuves de son existence : cet oiseau qui résiste au feu pond cinq œufs noirs auxquels il doit son nom est dépourvu de poumons et prend l’apparence de celui qui lui fait face. En été, il n’est pas rare de voir cet animal solitaire adopter un comportement grégaire, leur plumes se changeant en écailles et ne pouvant de ce fait voler, les mâles luttent en se poussant de l’aile afin de faire chuter dans le vide le rival malheureux que les femelles au fond du ravin dévoreront après lui avoir gobé les yeux qu’il a au nombre de trois. Si un ternocan cligne de l’œil central, la foudre épargnera votre demeure au mois de mai. Le ternocan glatit comme l’aigle, son cousin.
En revanche, douteuse, la coutume chez les Hospitons qui consiste à demander sa main à une chenille dans l’espoir qu’elle se transforme après les calendes, dès la première lune, en jouvencelle dotée de grands yeux rouges qui voient à l’intérieur des corps : invention hellénique ! même si Agrion l’atteste dans son traité sur les mœurs secrètes des chenilles. Agrion affirme pour l’avoir observé que si le papillon à l’origine de la chrysalide s’est posé sur le sein d’une vierge endormie, elle se transformera en véritable nymphe d’abord minuscule pourvue cependant de tous les attributs féminins en plus d’une paire d’ailes qu’elle perdra avec sa virginité, une fois qu’elle aura atteint la taille adéquate. On dit aussi que si vingt jours après les épousailles, la mariée a encore ses ailes, la rouille sera sur le blé d’automne, les grues voleront à l’envers, vision fatale à la femme enceinte qui accouchera d’un garçon à tête de volatile ; ne pouvant téter, sa mort est heureusement inévitable. Mais il ne faut pas ajouter foi à la légende toujours véhiculée par les gens du commun pour lesquels elle ne fait pas de doute, comme quoi il pousserait une queue de lézard, en proportion du corps, au mari qui a arraché les ailes de son épouse afin que personne ne soupçonnât son infortune. Et ce d’autant que la queue du lézard est labile, le mari pouvant aisément se l’arracher comme il l’a fait des ailes de son épouse insatisfaite. La meilleure preuve contre ce genre d’affabulation est que sitôt ses ailes indûment enlevées, la nymphe reprend sa forme initiale, redevient chenille, et pour éviter d’être écrasée par celui qui n’a su l’honorer, se change instantanément en une énorme matrone, comme il y en a tant sur les forums ; sa similitude avec la chenille se constatant par le duvet qui orne le dessus de la lèvre.
J’ajouterai qu’un lézard ne peut se reproduire avec une chenille ou uniquement s’ils tombent éperdument amoureux l’un de l’autre ; le produit de leur union s’appellera alors si c’est un garçon « Chezard », et « lénille » si c’est une fille !

Tuesday, October 16, 2007

L'achlis.


Dans l’île de Scandinavie, il existe une bête jamais vue sous nos cieux mais souvent décrite dans les textes : l’achlis. L’achlis a les pattes raides, faute d’articulations ; ne pouvant se coucher, il dort debout appuyé contre un arbre ; si on coupe l’arbre à ce moment, on peut le capturer facilement. Autrement, il court à une vitesse fabuleuse ; sa babine supérieure est trop longue et l’oblige à brouter à reculons pour ne pas l’enrouler sur elle-même en avançant.
En Ethiopie, naît une bête appelée mantichore qui a une triple rangée de dents disposées en forme de peigne, des oreilles et un visage humains, des yeux glauques (entre le bleu et le vert), le pelage couleur de sang, le corps semblable à celui du lion ; il peut enfoncer un aiguillon avec sa queue comme le scorpion, sa voix ressemble à un concert de flûte et de trompette, il court très vite ; enfin il est amateur de chair humaine. A l’ouest de l’Ethiopie, vit le catoblépas, animal de taille modeste, aux membres sans force, dont le cou se termine par une tête fort lourde qui pend toujours vers la terre ; c’est d’ailleurs une bonne chose pour l’espèce humaine car tous ceux qui rencontrent son regard meurent sur le champ.
Les castors du Pont-Euxin, quand un danger les menace, se châtrent eux-mêmes car ils savent qu’on les chasse justement pour leurs secrétions génitales, le castoreum.
Des hommes se changeraient en loup puis reprendraient leur figure première : nous ne devons pas attacher foi en ces mensonges, sauf à croire sans discernement tout ce dont les siècles peu à peu ont heureusement dénoncé le caractère légendaire. Après avoir suspendu ses vêtements dans un chêne, un homme traverse un étang à la nage et se rend au désert où il se métamorphose en loup ; quand il a passé neuf ans en bande avec les vrais loups, il revient vers l’étang, le retraverse dans l’autre sens et retrouve sa figure humaine mais vieillie de neuf ans ; on dit qu’il retrouve aussi ses vêtements. La crédulité des grecs passe la mesure !

Les animaux nous avertissent des dangers, non seulement grâce à l’examen que nous faisons de leur foie et de leurs entrailles – pratique solidement implantée dans la plus grande partie de l’humanité.

Extraits, comme ceux d’hier, tirés des trente sept volumes de l’Histoire Naturelle de Pline l’Ancien mort en 79 après Jésus-Christ à Pompéi.

Monday, October 15, 2007

Ce que c'est que la Nature !


Ce que c’est que la Nature.

Je sais qu’il existe des hommes qui ont deux pupilles dans un œil et une image de cheval dans l’autre, mais je ne me souviens plus de leur nom. Et d’autres qui sont ainsi faits qu’ils peuvent s’envelopper complètement dans leurs propres oreilles.

Un conseil pour les femmes enceintes : ne pas manger trop salé ; c’est le meilleur moyen d’avoir un enfant sans ongles.
Les enfants nés d’une mère morte en accouchant auront en général beaucoup de chance.

L’art de la médecine, tant de fois revisité, est encore en pleine évolution aujourd’hui : nous sommes emportés par l’ouragan des inventions. Par exemple pour éviter la douleur : manger du rat deux fois par mois ; et pour corriger la mauvaise haleine il faut se brosser les dents avec un dentifrice fait de miel et de cendre de rat. (On peut rajouter du fenouil). À l’inverse, il est déconseillé de se curer les dents avec une plume de vautour ; c’est le meilleur moyen d’avoir le souffle nauséabond. Et pour lutter contre les rides rien ne vaut du gras de cygne.
J’ai lu que le coryza s’arrête dès qu’on embrasse les naseaux d’une mule. Et beaucoup sont d’avis de manger une hirondelle pour ne pas redouter les angines.

Conseils pour les jaloux.
Pour avoir la preuve de la fidélité d’une épouse, il faut exposer son bébé aux serpents les plus dangereux, car ils attaquent les enfants nés d’un sang adultère. (Heureusement, tout individu a naturellement en lui un poison efficace contre les serpents : il faut les prendre à leur propre jeu et leur cracher dessus ainsi, ils se sauvent à toutes jambes comme si c’était de l’eau bouillante ! surtout si la salive provient d’un homme à jeun).
Pour que votre femme dans son sommeil réponde à toutes les questions que vous lui poserez, il suffit d’arracher la langue d’une grenouille vivante et de l’appliquer sur le cœur de votre épouse endormie.
Une fois sa culpabilité reconnue (comment pourrait-il en être autrement), vous embrochez une grenouille sur un roseau et vous trempez le tout dans le sang des règles de votre femme et croyez-moi, jamais plus, elle n’aura envie de reprendre un amant !