Lettres VS nouvelles.

À la différence d’hier, je me demande si je n’ai pas aujourd’hui écrit ma meilleure page en courant dans les bois. Les mots venaient facilement, les phrases semblaient répondre à la sinuosité des sentiers. Peut-être un peu haletantes en haut des côtes.
Il y a deux ou trois choses dont je devrais pouvoir retrouver la trace, l’improvisation en moins. Et pour moi, dans ce genre de pensée qui s’apparente à des phrases non écrites, la spontanéité tient une grande place ; elle suscite le plaisir lié à la découverte et par lui stimulée relance la recherche. Le plaisir pris, l’inédit dévoilé, une idée née du matin l’après-midi pour moi perd déjà de sa fraîcheur et, à la consommation me tente davantage le charme de la cueillette.
Pourtant, elles paraissaient couler de source, ces phrases, vouloir exister et s’imposer à toutes autres. Et voilà que quelques heures plus tard, leur importance est telle que je m’interroge sur les raisons d’en témoigner.
En clair, de quoi était-il question ? D’écriture ! En fait de surprise…
Je m’interrogeais, en faisant attention à ne pas me tordre les chevilles dans les sentiers ravinés, toujours dans le droit fil de mes réflexions d’hier, sur les mérites respectifs de l’épistolier que je suis sans arrière-pensées et du nouvelliste que je suis sans l’être pleinement.
La familiarité du premier ne repose pas sur rien ; la page parle pour lui. Elle est faite, tout comme une page de nouvelle de mots, de phrases et pourtant elle en diffère, ne rend pas le même son, n’évoque pas le même homme.
Je parle dans mes lettres de ce qui m’importe. L’écriture m’importe. Donc, sans cesse, je reviens sur ce thème pour moi inépuisable. Pour lui, j’ai élaboré, avec les années, une réflexion ; celle-ci est faite de mots et s’articule de manière, j’espère renouvelée, en phrases. C’est une pensée tournée vers l’intérieur, y cherchant pour s’exprimer ses mots, les mots qui y sont liés et avec lesquels elle recommence (parfois) de nouvelles combinaisons. Une sorte de partie d’échecs. Toujours les mêmes pièces avec lesquelles créer de nouvelles parties.
Les mots pour tenter d’enserrer mes problèmes d’écriture variant peu, tout réside dans la manière de les combiner. Cette manière est dialectique ; le dialogue y est latent. Je m’adresse à qui j’écris comme témoin ou comme interlocuteur ; je le prends à témoin de mes contradictions que j’essaie de dépasser ou bien, sachant qu’il risque de ne pas partager mon point-de-vue, je tente de le justifier.(ne serait-ce que pour moi ! mon raisonnement, même dialectique, ne donnant pas directement la parole à mon correspondant reste le mien ; je parle pour lui ; je sais bien que, n’ayant pas besoin de moi pour penser donc pour défendre ses idées, il est probable qu’il interprèterait différemment ce raisonnement, réfutable, à l’occasion).
Je m’interroge, et me réponds. Je n’ai pour progresser à ce jeu, besoin que d’un vocabulaire qui rende compte de mes interrogations et réponses.
Tous les jeux, lorsqu’on y joue avec passion paraissent souvent aux yeux des autres qui n’y jouent pas, obsessionnels ; ce qu’ils sont indubitablement. Cependant, si cette obsession est le fruit d’une insatisfaction, d’y succomber la modère… pour un temps. Et j’espère qu’elle ne fait pas trop souffrir mes correspondants.
Le nouvelliste, lui, n’est pas seulement lui-même ; il est des narrateurs. Ces narrateurs s’ils sont tournés parfois sur eux-mêmes, sur leurs obsessions, leurs obsessions ne sont pas les miennes (on peut me croire). Leur intérieur m’est extérieur. Je ne m’y glisse que passagèrement et pour exprimer cet intérieur qui n’est pas le mien, mes mots ne suffisent plus, je dois en chercher d’autres ; s’élabore une deuxième palette, changeante (mais pas assez) au gré des petits mondes se créant, pour rendre des sentiments qui ne sont pas les miens, raconter des histoires qui ne me sont pas arrivées, décrire des lieux qui peuvent tenir du souvenir mais dans lesquels je n’habite plus. Ces mots différents qui ne disent pas mes obsessions ne s’articulent pas non plus de la même façon que dans mes lettres, pas aussi facilement. Ils cherchent leur voie ; et moi avec. Parfois, le la est donné dès la première phrase alors je laisse parler. D’autrefois, c’est plus long, je mets plus de temps pour savoir où le narrateur veut en venir. Il faut bien reconnaître que l’on parle mieux de soi… même si ça ennuie les autres. Et que de parler de la vie des autres est toujours hasardeux ; on hésite par souci d’objectivité, on perd de la vivacité à peindre des êtres qui nous sont étrangers et ainsi on perd le seul moyen qui pouvait les saisir.
Jusqu’à maintenant, je n’ai pas été assez ubiquiste pour réussir à me fondre réellement dans un narrateur, à en faire un alter ego qui dirait, à ma façon, celle des lettres, ce qui m’importe, sans me trahir, ni me révéler.
À la différence de la méthode dialectique des lettres, les nouvelles sont discursives, coulent lentement ; incertaines de leur source, elles peinent à trouver leur lit. Elles ne dialoguent pas, elles racontent une histoire qui s’invente au fil d’une narration attentive, à chaque détail. Tout peut être matière à invention, un mot, une virgule, un nuage qui passe dehors, une interruption. Il faut être aux aguets, car l’avenir de l’histoire et de ceux qui en sont les personnages potentiels ne tient à rien, à un caprice d’imagination, quand l’épistolier, avec son seul sujet regorge de solutions, sans le secours d’un quelconque imaginaire.
En toute honnêteté, je crois bien qu’au raisonnement de la pensée répond un résonnement de mots que je me contente de percevoir.
En dépit du trop-plein de solutions, je me contenterai de celles proposées précédemment.
Il y a deux ou trois choses dont je devrais pouvoir retrouver la trace, l’improvisation en moins. Et pour moi, dans ce genre de pensée qui s’apparente à des phrases non écrites, la spontanéité tient une grande place ; elle suscite le plaisir lié à la découverte et par lui stimulée relance la recherche. Le plaisir pris, l’inédit dévoilé, une idée née du matin l’après-midi pour moi perd déjà de sa fraîcheur et, à la consommation me tente davantage le charme de la cueillette.
Pourtant, elles paraissaient couler de source, ces phrases, vouloir exister et s’imposer à toutes autres. Et voilà que quelques heures plus tard, leur importance est telle que je m’interroge sur les raisons d’en témoigner.
En clair, de quoi était-il question ? D’écriture ! En fait de surprise…
Je m’interrogeais, en faisant attention à ne pas me tordre les chevilles dans les sentiers ravinés, toujours dans le droit fil de mes réflexions d’hier, sur les mérites respectifs de l’épistolier que je suis sans arrière-pensées et du nouvelliste que je suis sans l’être pleinement.
La familiarité du premier ne repose pas sur rien ; la page parle pour lui. Elle est faite, tout comme une page de nouvelle de mots, de phrases et pourtant elle en diffère, ne rend pas le même son, n’évoque pas le même homme.
Je parle dans mes lettres de ce qui m’importe. L’écriture m’importe. Donc, sans cesse, je reviens sur ce thème pour moi inépuisable. Pour lui, j’ai élaboré, avec les années, une réflexion ; celle-ci est faite de mots et s’articule de manière, j’espère renouvelée, en phrases. C’est une pensée tournée vers l’intérieur, y cherchant pour s’exprimer ses mots, les mots qui y sont liés et avec lesquels elle recommence (parfois) de nouvelles combinaisons. Une sorte de partie d’échecs. Toujours les mêmes pièces avec lesquelles créer de nouvelles parties.
Les mots pour tenter d’enserrer mes problèmes d’écriture variant peu, tout réside dans la manière de les combiner. Cette manière est dialectique ; le dialogue y est latent. Je m’adresse à qui j’écris comme témoin ou comme interlocuteur ; je le prends à témoin de mes contradictions que j’essaie de dépasser ou bien, sachant qu’il risque de ne pas partager mon point-de-vue, je tente de le justifier.(ne serait-ce que pour moi ! mon raisonnement, même dialectique, ne donnant pas directement la parole à mon correspondant reste le mien ; je parle pour lui ; je sais bien que, n’ayant pas besoin de moi pour penser donc pour défendre ses idées, il est probable qu’il interprèterait différemment ce raisonnement, réfutable, à l’occasion).
Je m’interroge, et me réponds. Je n’ai pour progresser à ce jeu, besoin que d’un vocabulaire qui rende compte de mes interrogations et réponses.
Tous les jeux, lorsqu’on y joue avec passion paraissent souvent aux yeux des autres qui n’y jouent pas, obsessionnels ; ce qu’ils sont indubitablement. Cependant, si cette obsession est le fruit d’une insatisfaction, d’y succomber la modère… pour un temps. Et j’espère qu’elle ne fait pas trop souffrir mes correspondants.
Le nouvelliste, lui, n’est pas seulement lui-même ; il est des narrateurs. Ces narrateurs s’ils sont tournés parfois sur eux-mêmes, sur leurs obsessions, leurs obsessions ne sont pas les miennes (on peut me croire). Leur intérieur m’est extérieur. Je ne m’y glisse que passagèrement et pour exprimer cet intérieur qui n’est pas le mien, mes mots ne suffisent plus, je dois en chercher d’autres ; s’élabore une deuxième palette, changeante (mais pas assez) au gré des petits mondes se créant, pour rendre des sentiments qui ne sont pas les miens, raconter des histoires qui ne me sont pas arrivées, décrire des lieux qui peuvent tenir du souvenir mais dans lesquels je n’habite plus. Ces mots différents qui ne disent pas mes obsessions ne s’articulent pas non plus de la même façon que dans mes lettres, pas aussi facilement. Ils cherchent leur voie ; et moi avec. Parfois, le la est donné dès la première phrase alors je laisse parler. D’autrefois, c’est plus long, je mets plus de temps pour savoir où le narrateur veut en venir. Il faut bien reconnaître que l’on parle mieux de soi… même si ça ennuie les autres. Et que de parler de la vie des autres est toujours hasardeux ; on hésite par souci d’objectivité, on perd de la vivacité à peindre des êtres qui nous sont étrangers et ainsi on perd le seul moyen qui pouvait les saisir.
Jusqu’à maintenant, je n’ai pas été assez ubiquiste pour réussir à me fondre réellement dans un narrateur, à en faire un alter ego qui dirait, à ma façon, celle des lettres, ce qui m’importe, sans me trahir, ni me révéler.
À la différence de la méthode dialectique des lettres, les nouvelles sont discursives, coulent lentement ; incertaines de leur source, elles peinent à trouver leur lit. Elles ne dialoguent pas, elles racontent une histoire qui s’invente au fil d’une narration attentive, à chaque détail. Tout peut être matière à invention, un mot, une virgule, un nuage qui passe dehors, une interruption. Il faut être aux aguets, car l’avenir de l’histoire et de ceux qui en sont les personnages potentiels ne tient à rien, à un caprice d’imagination, quand l’épistolier, avec son seul sujet regorge de solutions, sans le secours d’un quelconque imaginaire.
En toute honnêteté, je crois bien qu’au raisonnement de la pensée répond un résonnement de mots que je me contente de percevoir.
En dépit du trop-plein de solutions, je me contenterai de celles proposées précédemment.


