C’est lire qui est difficile. Lire n’est pas apprendre. Apprendre serait plutôt relire. Et relire encore.
Bien sûr, je parle de ma quête du savoir qui est surtout livresque tout en sachant que l’on apprend hors les livres, le savoir étant partout ne pouvant se confiner en ce lieu unique. Je me suis borné à ce lieu unique ; suffisant néanmoins pour être nulle part.
Vingt, trente livres, voire davantage, c’est le nombre de livres qui peuvent journellement passer entre mes mains. Je ne compte pas les jours de bibliothèque, jours de marché durant lesquels je tâte, je soupèse, j’évalue, je découvre les livres, les feuillette, les prends, les pose, les reprends, les repose, puisque limité (heureusement) par le nombre d’ouvrages que je peux emprunter. Je lis des phrases que parfois j’oublie au fur et à mesure que je les lis. D’autrefois, d’autres phrases effacent celles qui les ont précédées. Certaines pourtant se gravent suffisamment longtemps pour me donner envie d’en lire d’autres du même auteur, ou tournant autour d’un même thème. J’ai lu quasiment de tout. Que sais-je sur ce tout ? Pas grand-chose. Pour en savoir davantage, il m’aurait fallu m’arrêter dans mes courses, m’appesantir sur un thème, un auteur, une discipline. Or, je suis toujours aux aguets. Je ne peux m’empêcher de penser que la clé du mystère est toujours dans le livre que je n’ai pas. Ou, plus exactement, qu’elle a été dans le livre que j’avais en main, qu’elle y est restée un peu, mais qu’elle a fini par s’évaporer pour se glisser dans un autre livre qu’il me faut rechercher. Ainsi, elle passe de livre en livre, revient d’un livre à l’autre. Elle ne peut être prisonnière d’un seul et pour toujours. Pas plus que d’une seule pensée, je ne peux être l’homme d’un seul livre. N’en déplaise à Sénèque, je me méfie des hommes d’un seul livre dans lequel ils croient détenir la vérité quand n’est enfermée que la leur.
Mes pérégrinations livresques m’ont quand même appris. Même si je ne l’applique pas systématiquement (loin de là), j’ai une petite idée de ce que c’est que penser intelligemment. Ce point est celui où je me fais le plus de reproches fondés ; je me dis que je pourrais m’appliquer davantage à penser intelligemment. Cependant, il y a chez moi du dilettantisme et je crois également qu’il n’est pas nécessaire, puisque impossible, de toujours vouloir penser intelligemment, que le jeu n’en vaut pas toujours la peine et qu’il vaut mieux se réserver pour ce qui m’apparaît important.
La plupart du temps, et même si ça ne saute pas aux yeux, je me réserve surtout pour l’écriture. Je pense que pour moi, c’est le moment de m’employer un peu, et de plus, un moment où j’ai toujours la possibilité de me reprendre, de me rectifier, le meilleur moment pour moi pour me dépasser, de vérifier l’écart qui me sépare de ceux que je poursuis dans mes lectures.


4 Comments:
Je suis d'accord avec toi : en musique ou en littérature l'infidélité est une vertu salvatrice. (détail amusant : j'avais initialement frappé solvatrice, j'ai un instant hésité à laisser ce lapsus - c'est fait).
A propos de musique et de littérature : l'univers onirique de Yael Naim et de Loreena McKennitt colle à merveille avec tes oeuvres. Pardon aux puristes pour le sacrilège - écouter de la musique en lisant...
Pour les autres, faites comme moi : Alain Imoléon + www.deezer.com
Bien sûr qu'il faut se réserver à l'écriture maintenant...!
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