Tuesday, February 5, 2008

Lettres... ou le néant ?

J’ai souvent hésité entre lire et écrire. Jamais entre lire et écrire à un(e) ami(e). L’amitié et l’écriture sont deux vecteurs mutuels, la première suscite la seconde et cette dernière permet de pallier l’absence en poursuivant le dialogue interrompu par l’éloignement, en inscrivant noir sur blanc cette sorte d’échange intérieur entre l’autre et moi.
D’où le plaisir d’écrire des lettres. Je peux écrire tout ce dont j’ai envie, aussi bien mes obsessions que l’idée passagère, vite entrevue, vite oubliée si elle n’était pas passée au fil de l’écriture. Je peux vagabonder ou m’arrêter sur une pensée afin de la développer, d’en tirer des prolongements pour moi inattendus. Aucune angoisse de la page blanche ; n’ayant rien à dire de particulier, tout peut être écrit. Sans histoire à raconter, de mystère poétique à saisir, toute liberté m’est offerte d’exprimer comme je le sens sur l’instant ce qui se dévoile à moi.
C’est sans doute dans ces promenades sans objet que l’on me reconnaît le mieux. Elles me sont naturelles. Les lettres semblent s’écrire toute seules. Les efforts déployés dans l’élaboration d’un poème, la construction d’une nouvelle se ressentent ; il importe davantage de savoir où on va ; le but impose la narration.
Dans une lettre, chemin faisant, si le thème abordé ne donne pas assez, je passe à un autre ; une autre cueillette me coûtera moins et me donnera plus. Pourquoi s’obstiner dans des sentiers ardus quand il y en a tant où il est si agréable de vaguer. Autant laisser reposer les sujets qui ne sont pas arrivés à maturité. « Pour les esprits féconds, il n’y a pas de sujets stériles ; » c’est de Victor de Jouy (1764-1846), un écrivain dont je ne connais que cette phrase qui me plaît.

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