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Génération spontanée.


Il y eut un temps, où paraît-il, les juments étaient fécondées par le vent, les chattes, par le seul frôlement d’une herbe, engrossées, des nonnettes de noir et de blanc vêtues, la coiffe comme un camail entourant leur visage candide naissaient de conques marines ; enfantées dans des coquilles pour certains ou poussant, pour d’autres sur des saules sous la forme de boules gonflées et pendant par le bec sur la branche, elles tombaient à l’eau une fois mûres pour s’envoler en jappant telles de jeunes chiens, ou pouvaient tout aussi bien apparaître sous forme de vers ou de champignons dans les vieux mats des navires dérivant et se métamorphoser en oiseaux, éclore des bois flottants en putréfaction.
Et cela, sans sujets mâles.
En d’autres temps encore, ou parfois les mêmes, sous le seul regard de femmes réglées les abeilles mourraient par essaim, pourrissaient la viande de porc à leur approche, le sucre pareil au sang, par leurs simple présence noircissait, et, à leur passage, traversant les champs, périssaient en Anjou les chenilles, les sauterelles du Morvan.
C’était les temps où survenait en Laponie, la puberté avec dix ans de retard, où l’enfant roux conçu durant les menstrues était sujet de honte, montré du doigt, ce même doigt que l’épouse se coupait à la mort de son mari.
En ces temps-là, il suffisait d’une chemise imprégnée de sueur, et de quelques grains de blés pour que naissent les souris. De la sueur toujours, génératrice de mouches. Et du limon du Nil, on voyait sourdre grenouilles et crapauds sans parents et même des crocodiles.
Heureux temps des homoncules aux prières inutiles, fruits de la pierre philosophale, du sang et des organes d’un humain sacrifié ; petits êtres transmués dépourvus d’âme, hantés par les souvenirs de leur existence passée, et néanmoins assoiffés de vie.

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