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Un monde tel quel.
Il y a des hommes qui lavent leurs poissons à l’eau claire,
quand d’autres coupent leurs cheveux très courts afin de
se ressembler. Il y a des hommes qui épilent les poils pubiens
de leur épouse avant d’aller sur le sable quand d’autres
finissent par manger le cheval qu’ils chevauchent. Il y a des hommes
qui dégustent les humeurs aqueuse et vitrée des yeux de
bœuf quand d’autres pantellent entre quatre murs sous des soupiraux.
Il y a des hommes qui vivent de la terre là où d’autres
cultivent leur esprit, gravent des lacs d’amour aux écorces
d’un hêtre ; des hommes pour qui la vie d’un autre ne
vaut pas le destin des personnages du livre qu’ils écrivent
; et la chose, le mot. Il y a des hommes de main comme de parole dont
la progéniture se nourrit de l’air du temps. Il y a des hommes
qui élèvent des autours quand d’autres regardent la
vase au fond des bras morts. Il en existe aussi dont la femme allaite
un bébé d’un sein et de l’autre, un porcelet,
alors que d’autres préfèrent la compagnie de phoques
qu’ils écorchent. Il y a des hommes pour qui la mort naturelle
n’existe pas et d’autres pour qui la vie n’est qu’un
rêve ; des hommes de passage qui sèment des cadavres quand
d’autres découpent assidûment les lettres d’un
journal comme des corbeaux. Il existe encore des hommes capables de s’abreuver
d’injures, de se traîner dans la boue au lieu, à l’abri
du jardin, de butter le pêcher, le chausser en d’autres termes
ou, plus tranquillement encore, de blanchir la viande ciselée avec
finesse. Il y a des hommes qui se contentent de feuilles pour exister,
de même que d’autres ne peuvent se passer du grain parfait
des aréoles ; des hommes qui ne s’en laissent pas conter,
mariés pourtant à des femmes affables doublées de
menteuses ; des hommes qui choisissent de courir à leur perte quand
ils pourraient respirer à pleins poumons au bord de la mer ou mieux
dormir dans la mousse des sous-bois. Il y a des hommes qui n’ont
pour tout avenir que la mort d’un autre quand d’autres se
jouent des jours en ne vivant que la nuit. D’autres qui craignent
des êtres imaginaires, composé d’animaux et d’humains,
ou pire encore redoute un mort qui pour eux continue d’exister,
alors que pour certains, les autres n’existent pas. Il y a des hommes
qui lancent des pierres sur des hommes enterrés jusqu’à
la taille et des femmes enterrées jusqu’au cou, et d’autres
qui s’exercent à voler, à faire tourner des assiettes
sur une baguette souple qui se changera en serpent. Il y a enfin des hommes
qui tournent sur eux-mêmes, qui comptent les cellules des ailes
des papillons, qui mesurent à leur juste valeur la seconde passée,
et d’autres… encore d’autres. Il existe de ces hommes.
Et puis il y a Alexandre Broutard qui porte bien son nom.
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