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Le nom
perdu.
La page garde ses secrets. Aucun signe, aucun frémissement d’idée.
Rien qui puisse susciter le nom. Le parc, tour à tour, peut être
une invitation à l’oubli ou pré-texte.
Bien des arbres, à force de regards ont été à
l’origine de phrases, bien des poèmes partagent avec eux
la même souche, les mêmes racines. Dans l’entrelacs
des branches, dans les feuillages mouvants, je distingue la fugace apparition
des secrets. Patiemment, je les laisse croître, monter en graine,
pousser leurs ramilles jusqu’à la feuille blanche devant
laquelle il n’y a plus qu’à s’asseoir et recueillir
le poème comme d’autres déposent délicatement
une fleur rare dans un herbier.
Là, tout reste muet. Les chants des oiseaux, indéchiffrables,
restent en suspens, ponctuent l’espace. Les bruissements d’une
pluie pourtant propice aux confidences n’éveillent aucun
écho ; jusqu’aux soupirs du vent qui laissent absent.
Tout est peuplé de ce nom enfui. Partout où se porte le
regard, je constate la marque en creux de ce nom qui me fait défaut,
l’empreinte par lui, désertée.
Depuis l’aube, je vois en toute chose, la trace de ce qui m’obsède.
Toujours un temps de retard. Le nom inscrit distinctement sur chaque pierre
du muret est au passage délavé par la pluie, illisible.
Je l’entends chuchoté, infiniment répété
dans les arbres, les taillis, mais pour se fondre dans les chuchotis des
feuilles. Le murmure de tout ce qui bruit est habité par le nom
perdu et pas plus qu’en moi-même où le même murmure
nimbe toute pensée, je ne parviens à extraire la plus infime
ébauche de sens de cette sorte de brouillard sonore ; et je ne
parviens pas à oublier que j’ai oublié.
Je sais le nom perdu en moi, avec seul subsistant cet indistinct écho.
Caprice de mot précis, presque réel se refusant à
tenir son rôle ou indice énigmatique de profondes complexités.
L’oubli n’est pas la perte. Donc, je dois réinterpréter,
plus que chercher chaque chose à la lumière de cette perte,
pareil à un archéologue en manque de vestiges, dépourvu
de ruines, de traces pour s’aider à reconstituer un passé
désormais condamné à être imaginé.
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